
Rarement j'ai aussi hâte que la nouvelle année commence. Repartir de 0. Oublier que j'ai foiré pas mal de choses, trébuché, échoué. A la veille de Noël, je passe de rires aux larmes puis je fais le tour je recommence je tremblotte et rien ne parvenait à me calmer. Me sentir vulnérable, comme un glaçon qu'on peut casser en deux ou faire fondre complètement. La première fois aux urgences et des points de suture, tellement en panique que je ne ressentais plus rien. Un coup dans la gueule. Et deux, comme pour m'achever quand le sac disparait en un clin d'oeil dans le train. Mon ordi, les cours les fringues et les cadeaux. J'ai cette colère dedans qui n'attend que d'exploser.
Je ne sais pas vraiment quoi faire avec mon corps et mes mains. J'ai toujours les larmes aux yeux quand tout le monde pleure à la télé, mon coeur bat sur la peau. Le soir avec ma tart on rit comme pour rattraper tous les week-ends où je ne suis pas rentrée, on écoute Westlife Blue Nsync Spice Girls et on chante on danse, elle se moque de ma tête d'accidentée on rit encore. A son retour on écoutera les Backstreet Boys.
Je passe mon temps à imprimer des feuilles que je n'ai pas vraiment envie de lire, à me mettre de la crème cicatrisante et anti-soleil protection 50, à stresser pour les partiels de la rentrée, à apprendre des schémas et modèles d'algorithme à regarder des films à manger. Des Maltesers des clémentines des Napolitain des Rafaelo oranges Dragibus pamplemousse pomme mangue Ferrero Rocher. Pourtant je ne suis pas une grande gourmande mais là, j'ai enfin l'impression d'être une vraie fille qui mange quand ça va pas. Je n'ai pas répondu à tous les messages de Noël, je n'en ai pas envoyé. Et je ne donne pas vraiment de nouvelles aux gens, j'ai peur de craquer en racontant mes histoires. Alors, je ferme les yeux, j'inspire, je cherche l'air au plus profond de mes tripes, je fais semblant de croire que tout est déjà loin derrière. Je recommence.
Au fond j'aime bien comment l'ami il est avec moi. Pas de manière, pas de trop, pas de trop peu, juste. Quand il m'attend devant la gare et que je le vois regarder autour cherchant ma face de zombie, quand il finit de choisir le bouton Valider sur l'écran à chaque fois que je le zappe, quand il me porte le gros sac et qu'il me dit tout simplement "Bonnes vacances" en partant, ça m'apaise. Pas vraiment de réconfort ni d'affolement, je ne suis jamais la victime de mes jeux ni la connasse instable. Je me sens constante. J'aime bien comment il est avec moi. Et son "la prochaine fois je t'emmène avec moi" quand il parle de la mer, ça sonne comme une promesse acidulée.
Puis parfois j'ai envie des "Cap ou pas cap", ça me démange terriblement.