
C'est terrible de penser à quelqu'un aussi souvent.
Le cerveau est comme conditionné pour, par intervalle régulier, toujours trouver quelque chose qui pourrait faire que. Le coeur. Qui s'emballe comme une tempête de neige quand juste il effleura le bras pour la première fois la deuxième fois et la peau qui s'électrisait. Le temps accéléré ou le temps figé je ne sais pas, je ne respirais déjà plus, j'étais. Là au milieu du temps.
C'est terrible que quelque chose d'aussi fort puisse tenir à si peu de choses. Rien de grandiose, juste ça, l'effleurement de la peau. Je me disais, parfois les choses les plus précieuses sont celles qu'on remarque à peine. Nos mains qui se touchaient au comptoir du café, nos pas qui se suivaient devant les tableaux de Chaissac, nos nuits presque blanches à se raconter nos petits rien nos petits pois nos questions nos paris nos films dans la tête. Même les gouttes de pluie deviennent musique, même le froid, même l'attente des fois.
J'ai souvent attendu la nuit pour m'apaiser. Le calme, un semblant de suspension de la vie, je décèle les tic tac de l'horloge du salon, vide mon cerveau de tout bordel ambiant pour le remplir d'un nouveau bordel indéfini et défile des images au ralenti. L'image de Mathieu regardant la neige sur les toits, une cigarette allumée. L'image de lui en train de dessiner, lui en train de me sourire, ses bras qui me serrent, ses fossettes qui me font fondre. L'image de moi me cachant derrière lui parce que le vent. L'image des premiers flocons, des premières décorations de Noël, des enfants emmitouflés qui couraient de partout, des gens dans la rue. C'est terrible comment on sent moins l'hiver, juste en tenant la main de quelqu'un.
C'est terrible aussi de se sentir comme du verre facilement cassable. Comme du verre au cinéma, éclaté en des millier de morceaux, cash. L'émotion ne dépendra plus que de nous, elle sera apportée, embellie, enlevée, détruite par l'autre.
Qu'avons-nous alors à part l'instant?
Cet instant où je ne sens rien que sa présence autour de moi. Plus de fatigue ni de stress, plus de lassitude plus de gens fades et ternes plus d'école plus de projet plus d'attente. Rien que ces papillons dans le ventre et le coeur qui fait triple tour et je souris. Le silence et l'invisible folie d'y croire.
A cet instant là on empruntera du temps au monde pour deux.